Réseau de Santé Mentale Communautaire de l’Océan Indien
I- Charte d’intention pour la Santé Mentale
« La psychiatrie est faite par deux sujets, le soigné et le soignant. La santé mentale, elle, est faite par trois sujets, la personne, son contexte et le professionnel. En psychiatrie, on dit « un jour vous serez guéri et vous aurez une vie normale ». En santé mentale, on dit « construisons ensemble des moments de vie, ici et maintenant ». Et comme nous sommes à Madagascar, nous pourrions même dire : « créons l’événement ». Maurizio Constantino La Santé est un état de bien-être physique, mental et social. La souffrance psychique reste souvent méconnue.
Les chiffres publiés par l’OMS, lors de l’année mondiale de la santé mentale en 2001 font état de 450 millions de personnes dans le monde qui souffrent de troubles mentaux ou neurologiques, 24 millions de personnes souffrent de dépression, 10 à 20 millions font des tentatives de suicide.
A la lumière des résultats de l’Enquête épidémiologique : « La Santé Mentale en population générale : Images et Réalités », initiée dans l’Océan Indien, il a été montré que les troubles psychiques engendrent une souffrance individuelle et familiale, une perte économique. La population pense que si les « fous, malades mentaux et dépressifs » sont souvent exclus de la société et du monde du travail elle est prête à les ré-accueillir s’ils ont été et/ou soignés et actuellement en traitement. La mise en commun des expériences des uns et les possibilités des autres soulagerait les populations les plus démunies et les plus vulnérables. Ceci nécessite de dépasser la référence exclusive au paradigme médical pour les personnes qui souffrent de troubles psychiques. Les spécificités historiques, sociales, politiques et culturelles des divers pays de l’Océan Indien leur donnent une personnalité marquée. Cependant, leurs liens et échanges anciens et les réseaux migratoires qui les ont reliés assurent à l’ensemble de la région une véritable continuité qui fonde les bases de cette mise en commun.
Pour améliorer la santé mentale, nous proposons de :
1. Considérer que la personne prime toujours sur sa maladie, que ses troubles psychiques doivent être resitués dans la globalité de son histoire de vie personnelle, dans la culture et dans la communauté dont elle est membre à part entière.
2. Développer les droits démocratiques et l’exercice d’une citoyenneté active pour toutes les personnes souffrant de troubles psychiques.
3. Mobiliser les ressources communautaires (éducation, culture, hébergement, travail), pour soutenir l’insertion et les soins à long terme des personnes qui souffrent de troubles psychiques. Créer et soutenir des dispositifs de santé mentale – services de psychiatrie intégrés dans la communauté.
4. Développer les stratégies de prévention, de dépistage et de soins pour maintenir l’usager dans son milieu social comme membre actif et reconnu. Lutter sans cesse contre toute discrimination et exclusion.
Pour mettre en œuvre les principes énoncés dans cette charte, nous proposons donc la création d’un réseau international de partenariat en santé mentale dans l’Océan Indien. Il doit faciliter la coopération internationale. Il s’intéresse particulièrement à ce qui fait obstacle au développement de structures intégrées dans la communauté. Il sert surtout à promouvoir les bonnes pratiques émanant des organisations participantes.
Ce réseau de collaboration est multidisciplinaire et inclut comme partenaires, aussi bien des associations d’usagers et de familles que des associations de soignants.
La finalité de ce réseau est d’articuler les expériences abouties de développement de services de psychiatrie intégrés dans la communauté à celles qui sont en cours de réalisation. Chacun peut bénéficier de l’expérience de l’autre grâce à une collaboration continue. Ainsi, ce mouvement sera renforcé, ce qui contribuera à améliorer la qualité de vie des personnes qui ont des troubles psychiques et/ou des problèmes de santé mentale.
II - Objectifs spécifiques du réseau
o Lutter contre la stigmatisation associée aux maladies mentales par des actions en direction des professionnels et de la société.
o Adapter la législation concernant la santé mentale et renforcer les droits des personnes atteintes de troubles psychiques.
o Favoriser un système de soins de proximité en santé mentale intégré aux soins primaires avec des modes de prise en charge communautaires diversifiés. Faire disparaître les pratiques asilaires. Instaurer des pratiques de réhabilitation (insertion et soins) qui impliquent les familles et les acteurs sociaux.
o Promouvoir l’accès et la disponibilité et le bon usage des médicaments psychotropes et favoriser les génériques.
o Améliorer les pratiques professionnelles en assurant la formation des équipes pluridisciplinaires. Assurer la formation d’un nombre suffisant de spécialistes en santé mentale.
o Sensibiliser et associer les médecins généralistes aux diagnostics et aux soins en santé mentale.
o Sensibiliser et associer les professionnels sanitaires, sociaux et éducatifs au repérage des troubles psychiques et à la réhabilitation psychosociale( insertion et soins) des personnes qui en souffrent.
o Soutenir l’intégration de la santé mentale de l’enfant dans les programmes nationaux de santé mentale. o Associer les familles et les usagers, susciter et soutenir la formation d’associations en les impliquant dans le développement des politiques de santé mentale.
o Sensibiliser et impliquer les élus et les autorités locales.
o Mettre en place des activités de prévention et de dépistage ainsi que des programmes spécifiques visant à protéger les populations les plus vulnérables (femmes enceintes, enfants, personnes âgées, personnes déficientes, personnes en situation de précarité...)
o Prévoir des outils adaptés pour des évaluations régulières ou spécifiques. Soutenir des projets de recherche finalisés et aider au développement d’une communauté scientifique régionale multidisciplinaire intéressée aux problèmes de santé mentale.
o Encourager et développer la coopération régionale et mettre en place une expertise internationale commune.
o Etendre l’enquête « La Santé Mentale en Population générale : Images et Réalités » aux autres territoires de l’Océan Indien qui souhaitent atteindre ces objectifs.
III - Moyens
En tenant compte des inégalités de moyens entre les pays de la zone, il est important que l’organisation du réseau s’articule autour d’échanges et d’entraide. Tous les adhérents du réseau signataires de la charte oeuvrent en commun pour la réalisation des objectifs et la recherche de moyens y afférant. Le Centre collaborateur français OMS. pour la recherche et la formation en santé mentale, à partir de l’Etablissement Public de Santé Mentale de la Réunion :
o Assurera le secrétariat du Réseau.
o Ouvrira un site Internet spécifique au réseau qui sera hébergé sur le site de l’Etablissement Public de Santé Mentale de la Réunion.
o Assurera la diffusion de l’information et des recherches en cours.
o Travaillera en étroite collaboration avec les états de la zone, l’Organisation Mondiale de la Santé, le Ministère des Affaires français, l’Université de l’Océan Indien et d’autres agences internationales ou organisations non gouvernementales.
Cette Charte est appelée à être signée par le plus grand nombre et à s’adapter aux évolutions du réseau.
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